mardi 15 février 2011

La médiation technique et l'innovation ouverte

Si tu as une pomme, que j'ai une pomme, et que l'on échange nos pommes, nous aurons chacun une pomme. Mais si tu as une idée, que j'ai une idée et que l'on échange nos idées, nous aurons chacun deux idées.(George Bernard Shaw)
L'innovation ouverte est un concept récent, consistant à ouvrir l'entreprise à des partenaires afin d'innover plus efficacement.

Principes de l'innovation ouverte

Le principe fondamental est l'ouverture. Une entreprise ne doit pas se limiter à ses ressources internes pour innover, et doit collaborer avec des partenaires extérieurs.
Les partenaires en question peuvent être :
  • des clients finals (particuliers) : ils peuvent apporter des idées d'innovation au travers de leurs attentes rapportées par le marketing ;
  • des clients industriels (distributeurs, assembleurs, exploitants...) : outre le marketing, ils peuvent co-développer un produit ou un service destiné à un client plus en aval de la chaîne industrielle ;
  • des fournisseurs, y compris les sous-traitants : ils peuvent apporter leurs compétences pour co-développer un produit ou un service nouveau ;
  • des laboratoires académiques : ils disposent de technologies nouvelles qu'ils cherchent à valoriser ;
  • des concurrents, dans la mesure où la collaboration ne conduit pas à une entente sur les prix, à une répartition du marché, ou tout autre situation contrevenant aux règles de la concurrence loyale ;
  • d'autres entreprises avec lesquelles l'entreprise n'a pas encore de contact : elles peuvent disposer d'un savoir et d'un savoir-faire dont l'entreprise a besoin, ou de brevets exploitables par l'entreprise ;
  • ou encore le grand public non client : par l'intermédiaire de plate-formes internet, ils peuvent contribuer à alimenter l'entreprise en idées ou à résoudre des problèmes techniques grâce à leurs suggestions.
L'ouverture doit être conçue dans les deux sens. Ainsi, les ressources internes peuvent être valorisées à l'extérieur de l'entreprise, soit par une politique de transfert de technologies, soit par la mise à disposition d'experts ou d'équipements à d'autres entreprises, soit encore par la création de startups pour valoriser une technologie qui n'est pas stratégique pour l'entreprise.

Les erreurs de Xerox
En 1970, Xerox a créé le Palo Alto Research Center (PARC), dans le but de transformer diversifier les activités de Xerox, spécialisé à l'époque dans les copieurs, dans tout le marché de l'équipement bureautique.
Ce laboratoire a développé avec un grand succès plusieurs innovations importantes : l'interface graphique, le protocole réseau Ethernet, un langage d'impression précurseur de PostScript, un logiciel de traitement de texte dont Microsoft Word est inspiré, ainsi que quelques innovations dans les lasers et dans l'impression laser.
Pourtant, Xerox n'a guère profité de toutes ces innovations. D'après Henry Chesbrough, auteur de Open Innovation: The New Imperative for Creating and Profiting from Technology et professeur à Berkeley, les raisons en sont que Xerox n'a pas toujours vu en ces diverses innovations un potentiel de développement en son sein. L'entreprise a donc arrêté d'investir dans ces recherches et parfois autorisé des employés, souhaitant exploiter leur découverte, à quitter Xerox pour une autre entreprise et à y utiliser librement la technologie dont Xerox ne voyait pas le potentiel.
Toutes ces entreprises n'ont pas été des succès, mais plusieurs d'entre elles sont devenues très profitables. Apple, par exemple, a pu exploiter avec le succès qu'on connaît le principe de l'interface graphique pour son Macintosh. La valorisation boursière d'une dizaine de spin-offs de Xerox, parmi lesquelles 3Com ou Adobe, a même largement dépassé celle de Xerox.

L'innovation ouverte consiste donc en la constitution d'un écosystème autour de l'entreprise dans le but d'innover ou de valoriser l'innovation. L'entreprise et ses partenaires forment donc ce qu'on appelle une entreprise étendue.

La médiation technique comme outil

L'innovation ouverte impose de trouver des partenaires. Certains (clients et fournisseurs actuels) sont déjà identifiés. D'autres ne le sont pas encore, mais l'entreprise dispose de ressources internes dédiées à la recherche de certains types de partenaires :
  • les nouveaux clients sont souvent recherchés par les services marketing et commercial,
  • les nouveaux fournisseurs et sous-traitants sont parfois recherchés par le service achats, ou éventuellement par le personnel qui a besoin d'un produit ou service,
  • et les laboratoires académiques sont parfois contactés par le service de recherche et développement.
Il est toutefois fréquent qu'aucun personnel ne soit dédié à recherche de fournisseurs très différents des fournisseurs habituels et de leurs concurrents, il est relativement rare dans les PME d'avoir des partenaires académiques, et il est exceptionnel d'avoir des contacts avec ses concurrents. Sans parler de sociétés totalement étrangères à l'activité de l'entreprise.
C'est pour établir ces contacts que la médiation technique se révèle un outil adapté. Le temps à consacrer à la recherche d'un partenaire exotique pour l'entreprise est externalisé au médiateur technique, ce évite de devoir choisir entre les activités courantes d'un employé et une activité de recherche de partenaire pour laquelle cet employé n'est pas formé.
Le médiateur technique joue également un rôle de traducteur technique : un nouveau partenaire, s'il ne fait pas le même métier ou un métier proche, parle un langage technique différent, raisonne avec des concepts spécifiques, et utilise des méthodes originales qui risquent de dérouter l'entreprise. Le médiateur, par sa maîtrise des techniques d'ingénierie des connaissances, peut se faire l'interprète des deux partenaires.
Enfin, quand il s'agit de contacter un concurrent, par exemple pour réaliser un benchmarking comparatif des procédés industriels de chaque entreprise, il est utile de faire intervenir un médiateur technique pour éviter d'enfreindre les lois sur la concurrence.