mercredi 18 mai 2011

Twitter, physique nucléaire et médiation technique

La physique nucléaire est bien plus facile à comprendre qu'une feuille d'imposition. Les opérations sont logiques et se font toujours de haut en bas. (Jerold Rochwald)
Le dernier réseau social à la mode est Twitter. Vous en avez peut-être entendu parler ces derniers temps à l'occasion des révolutions arabes, de la catastrophe nucléaire japonaise, ou encore de l'arrestation aux États-Unis d'un homme politique français promis aux plus grandes responsabilités nationales et dont je tairai le nom.
En quoi ce réseau social est-il différent des autres, comme Facebook, LinkedIn ou Viadeo ? Et en quoi Twitter est-il un outil intéressant pour la médiation technique ?

Le pouvoir de Twitter illustré par la physique nucléaire

Vous avez peut-être appris au lycée le principe d'une réaction en chaîne qui explique comment fonctionne une bombe nucléaire, mais si ce n'est pas le cas ou si vos souvenirs ne sont plus très frais à ce sujet, voici un petit rappel qui permettra de comprendre aussi le fonctionnement de Twitter.
Sans rentrer dans des détails trop complexes (le lecteur intéressé lira l'article de Wikipédia sur ce sujet ici), le principe est le suivant.
  • Une masse radioactive est composée d'atomes dont certains sont dits fissiles ; les autres ne nous intéressent pas.
    L'équivalent des atomes fissiles dans Tweeter est une personne inscrite sur Twitter.
  • Lorsqu'un neutron (disons, un projectile) percute un atome fissile, celui-ci peut parfois fissionner, c'est-à-dire se casser en morceaux ; à cette occasion, la fission produit de nouveaux neutrons.
    Twitter est analogue à cette masse radioactive, et l'équivalent du neutron dans Twitter est un tweet, c'est-à-dire un court message. Aucun inscrit n'est évidemment pulvérisé lorsqu'il reçoit un tweet, mais il est d'une certaine manière transformé, car il est désormais informé du contenu du message. Et il peut réémettre ce message, c'est-ce qu'on appelle un retweet. Chaque retweet se comporte après comme le tweet original.
  • Supposons qu'un certain nombre de neutrons soient produits spontanément dans la masse radioactive (c'est toujours le cas pour certains types d'atomes). Ces neutrons vont soit rencontrer des atomes fissiles et les fissionner, soit être éliminés de la masse radioactive, par exemple par absorption par certains atomes appelés modérateurs.
    C'est aussi le cas des tweets, produits en permanence sur Tweeter par les inscrits : chaque tweet émis par un inscrit est lisible par les inscrits qui se sont abonnés à l'émetteur, et ces abonnés vont jouer le rôle d'atome fissile ou d'atome modérateur selon qu'ils relayent ou non le tweet.
  • Simplifions un peu : supposons qu'un neutron donné donne lieu à une fission qui produit 2 neutrons, puis que ces neutrons provoquent chacun une fission produisant 2 neutrons, et ainsi de suite. Le neutron original va donc être multiplié de manière exponentielle : 2, puis 4, puis 8, puis 16, puis 32, puis 64, puis 128... Au bout d'une vingtaine d'étapes, on arrive à plus d'un million de neutrons, et la production s'accélère ainsi en permanence : c'est la réaction en chaîne telle qu'elle a lieu lors de l'explosion d'une bombe nucléaire. Le pouvoir dévastateur d'une telle bombe provient de cette réaction en chaîne et du fort dégagement d'énergie induit par chaque fission.
    Un tweet à succès connaît le même sort : si le contenu du tweet est intéressant, il y a de fortes chances qu'il soit retweeté de manière exponentielle et qu'un grand nombre d'inscrits soient très rapidement informés de ce contenu.
Ainsi, si les conditions sont réunies, Twitter se comporte comme une bombe nucléaire pour certaines informations : elles peuvent être relayées ultra-rapidement à un grand nombre de personnes, sans qu'aucun organisme puisse l'en empêcher. Les révolutions arabes doivent sans doute beaucoup plus à Twitter qu'à tout autre réseau social.

Twitter pour la diffusion de besoin

Les ingénieurs nucléaires savent bien que l'énergie nucléaire est dangereuse si on laisse la réaction en chaîne se produire, mais que si elle est contrôlée, elle est une source formidable d'énergie. C'est pourquoi ils ont développé des techniques pour augmenter la production d'énergie tout en la contrôlant.
Sur Twitter, le tweet est bien moins dangereux (encore qu'une rumeur tweetée efficacement est fortement nuisible), et l'émetteur souhaite plutôt favoriser la réaction en chaîne. Il y a donc sans doute moyen de s'inspirer de la physique nucléaire. Par exemple :
  • augmenter son nombre d'abonnés (i.e. envoyer plus de neutrons) est une manière d'augmenter ses chances de retweet au départ, mais elle ne joue pas sur le taux de retweet qui est la clé de la réaction en chaîne ;
  • remercier les abonnés qui retweetent augmente les chances de retweets ultérieurs mais ça n'augmente pas non plus le taux de retweet ;
  • augmenter la valeur du contenu de ses tweets, les rendre plus originaux ou amusants (i.e. rendre les atomes plus facilement fissiles) rend au contraire un tweet donné plus retweetable, ce qui est bénéfique pour s'approcher de la réaction en chaîne. 
Les deux premiers exemples sont typiques d'une approche de centrale nucléaire, le troisième est typique d'une approche de bombe nucléaire. Idéalement, sur Twitter, il faut combiner les deux pour être bien relayé.
Pourquoi s'intéresser à Twitter pour la médiation technique ? Tout simplement, comme relais d'une recherche de compétences ou d'information : pour certaines problématiques (informatiques, nouvelles technologies...) il existe de nombreux twittos (inscrits, dans le jargon Twitter) qui s'y intéressent, et qui sont donc une source de renseignements utile et très réactive. Et qui sait, peut-être que l'expert dont le client a besoin est sur Twitter ? Certaines sociétés de conseil en technologies diffusent d'ailleurs des offres d'emploi sur Twitter pour des raisons similaires.
Un médiateur technique a donc intérêt à s'inscrire sur Twitter, à développer le nombre de ses abonnés et à diffuser des demandes de renseignements.