mercredi 11 janvier 2012

À quand des camions à voiles ? Le sport et l'innovation

Le record du tour du monde à la voile de Loïck Peyron et de ses 13 coéquipiers (voir ici pour ceux qui n'auraient pas suivi l'actualité récente) à bord du trimaran géant Banque Populaire V est un exploit sportif, certes, mais également technologique.
Imaginez : 40 mètres de long, jusqu'à 1000 m2 de voile, 23 tonnes de déplacement, et un tour du monde en 45 jours, soit environ 26,5 noeuds de moyenne (49 km/h) et des pointes à 37 nœuds (69 km/h). Bel animal !

Le sport comme secteur d'activité innovant

Je me suis fait plusieurs fois la réflexion : les voiliers d'aujourd'hui vont à des vitesses prodigieuses en utilisant une énergie gratuite et non polluante (le vent), pourquoi cette énergie n'est-elle pas plus utilisée dans les transports ?
On pense bien entendu à la marine à voile, abandonnée par la marine marchande depuis des lustres à cause de l'avènement d'une énergie pétrolière peu chère à l'époque (la pollution n'étant pas encore un sujet d'actualité) et plus performante en terme de vitesse et de régularité (le vent varie, le moteur thermique peut tourner à la demande).
Il est de nombreux produits qui n'ont pas besoin d'être livrés à la vitesse maximale, et qui pourraient parfaitement emprunter un voilier. Mais dans la mesure où le secteur a été délaissé, les évolutions technologiques ont été fortement freinées. Pourquoi développer des voiliers si personne n'en achète ?
C'est la même raison qui explique pourquoi les voitures électriques n'ont jamais rattrapé les voitures classiques en terme de technologie : pas de marché, pas d'effort technologique, et un retard toujours plus grand. Seules les applications non automobiles des moteurs électriques ont limité l'écart.
Les temps changent pour des raisons politiques et en particulier environnementales, mais la technologie a pris du retard et ce n'est que par des incitations politiques que les véhicules électriques (apparus pourtant à la fin du XIXe siècle !) peuvent devenir économiquement viables.
Pour les voiliers, c'est différent. Les voiliers modernes sont essentiellement utilisés pour la plaisance et la compétition sportive. S'il ne faut pas forcément attendre beaucoup de la plaisance en termes de performances techniques, la compétition sportive a un énorme mérite : la performance est capitale, et les moyens financiers liés au sponsoring sont importants.
Ainsi, les matériaux composites ont bénéficié de l'investissement R&D de la Formule 1, du cyclisme, du ski, du tennis, de l'aviron...
Le textile aussi a évolué pour l'équipement du sportif à tel point qu'un footballeur ou un rugbyman des années 1980 ne reconnaît pas son maillot. Le maillot de Serge Blanco n'était pas moulant ce qui rendait la prise par le maillot facile, et il se gorgeait d'eau lorsque la pluie sévissait.
Est-il alors étonnant qu'une entreprise comme Décathlon soit aussi innovante ? Le secteur d'activité est tout simplement propice.
Mais revenons un moment à nos voiliers. Rien n'empêche qu'un armateur écologiste se décide à concevoir un voilier marchand basé sur un trimaran de compétition, probablement très grand (c'est lié au nombre de Froude du bateau : au-delà d'une certaine vitesse critique proportionnelle à la racine carrée de la longueur, la traînée du bateau augmente fortement avec la vitesse). Un transport maritime écologique pour des produits qui peuvent prendre le temps de voyager, n'est-ce pas là un progrès ?
Et les transports terrestres, dans tout ça ? Lorsqu'on voit à quel point un camion peut faire d'écart sur l'autoroute lors d'une journée de grand vent, on se dit que la force du vent pourrait être exploitée par des camions à voiles, qui pourraient ainsi réduire leur consommation de gazole. Quitte à remplacer le skipper par un ordinateur...

Sport et médiation technique

Le sport est une source d'inspiration pour le médiateur technique, dès lors que la demande de son client touche à la performance pure. Les matériaux légers, les textiles complexes, les mécanismes plus efficaces, les traitements de surface spécifiques, l'électronique d'assistance, les astuces pour augmenter sa force ou sa précision... Autant de solutions technologiques pointues mais transposables à des activités moins ludiques dont la R&D n'a pas bénéficié des moyens financiers du sponsoring.
Le médiateur technique qui s'intéresse au sport en général et aux technologies du sport en particulier bénéficie donc d'un avantage utile dans sa recherche de solutions.