lundi 16 septembre 2013

Le projet Deucalion, étape 3 : comment trouver des sous ?

Voici la suite de mes aventures pour lancer le projet Deucalion. À l'épisode précédent, je vous avais présenté ma démarche pour réaliser un business plan. Mais un BP sans investisseurs, c'est comme le wasabi des livreurs de sushis : ça ne sert à rien. À moins que vous fassiez partie de cette élite qui aime les sushis au wasabi. Ou que vous ayez suffisamment d'argent pour vous passer d'investisseurs, ce qui est une autre forme d'élite.
Jusqu'à présent, je savais faire. Être créatif, mettre des chiffres dans des tableaux, réfléchir, recommencer jusqu'à trouver une solution satisfaisante, c'est un travail qu'on peut faire tout seul.
Mais chercher des investisseurs, c'est une autre histoire.

Premiers contacts, premières leçons

Au départ, voici l'état de mes idées (ou préjugés) sur la recherche d'investissement d'un projet comme le mien :
  • Les banquiers, pas la peine. Ils financent des choses qu'ils pourront récupérer si vous échouez, comme de l'immobilier, des véhicules, un outil de production. Le projet Deucalion, c'est surtout de l'immatériel : un site internet, des connaissances techniques mises (gratuitement) en ligne, aucun brevet possible. Rien à récupérer sur une éventuelle dépouille entrepreneuriale. Je n'ai donc pas cherché à les contacter.
  • Les services publics concernés par l'innovation : il faut sans doute que je passe par eux, surtout pour renforcer ma crédibilité auprès d'investisseurs. Mais je doute qu'une quelconque subvention puisse m'être attribuée.
  • Les investisseurs privés : vu la taille de mon besoin financier, je dois viser les business angels. Pour moi, ce sont des gens ayant réussi un projet entrepreneurial dans le passé et qui veulent aider d'autres personnes à lancer leur projet, à la fois en apportant de l'argent et leur expérience.
Vous êtes vivement invités à me faire vos commentaires et suggestions. Mais c'est la vision que j'avais initialement et qui a orienté mes premières démarches.
J'ai donc contacté certains services publics. D'abord, l'agence régionale de l'innovation (Alsace Innovation).
Première désillusion. Mon projet n'est pas dans le "scope" de l'agence. Ou ne l'est plus. Maintenant, pour bénéficier du soutien de cette agence, il faut que le projet soit lancé par une entreprise bien établie avec plusieurs employés. Terminé, les startups. Mais mon contact est une femme très sympathique et qui trouve ma démarche personnellement très intéressante. Ils peuvent faire quelques exceptions, et vont étudier mon dossier. Mais la réponse ne fait guère de doutes. Quelques jours après, effectivement, mon projet est recalé.
Au moins, quelques remarques me sont faites. En particulier, qu'il faudrait que je consacre un budget communication bien plus important que ce que j'ai envisagé. Combien ? Pas vraiment de chiffres, mais ça doit flirter avec le million d'euros. Je trouve ça excessif, mais bon.
On me suggère de m'adresser à deux organismes : un groupe de business angels, Alsace Business Angels, et un pôle de compétitivité, Rhénatic, qui organise une sorte d'événement pour lever des fonds, le Financial IT Day.
Je soumets donc mon projet à ABA. Retour quelques jours plus tard : "votre projet n'entre pas dans notre stratégie". Si ça, ce n'est pas de la langue de bois... En clair : votre projet est tellement nul qu'on ne fera même pas l'effort de vous dire pourquoi, ni ce qu'il faudrait faire pour l'améliorer. Je n'ai jamais rencontré ces gens, mais j'ai déjà une épouvantable opinion d'eux. Laissons tomber cette piste.
Par ailleurs, je prends des renseignements sur l'événement co-organisé par Rhénatic, le fameux FITD. Il s'agit d'une réunion d'investisseurs auxquels des porteurs de projets font un pitch de leur projet pour en séduire quelques-uns. Un pitch ? C'est une présentation courte (quelques minutes) qui doit donner envie de vous financer.
Bon. J'apprends qu'en fait cet événement est organisé par le cabinet Deloitte, une grosse entreprise qui fait de l'audit et du conseil financier. Qu'ils proposent aux entreprises sélectionnées pour l'événement. Et que pour vous accompagner, ils vous prennent 5000 €. Avec aucune garantie de lever des fonds. Et un taux de succès de l'ordre de 10 à 15%. Ça fait cher du ticket de loto.
Je ne mettrai jamais 5000 € là-dedans. Je le signale. J'ai certainement perdu une occasion de me taire. Mais on me dit que je peux quand même participer à la sélection, quitte à ne pas donner suite si jamais Deucalion est sélectionné.
Quelques semaines plus tard, je suis convoqué par le jury de sélection. J'ai un fabuleux jury en face de moi : une représentante d'une banque, une représentante de Deloitte, une représentante de Rhénatic, et une représentante d'un incubateur local. En gros, je suis sûr que les deux premières n'y comprendrons rien, et il se trouve que j'ai déjà rencontré la dernière et que l'on n'est pas sur la même longueur d'onde. Je fais ma présentation (un peu trop long), j'ai droit à plusieurs questions qui me font effectivement penser que plusieurs personnes n'ont pas compris ce que je proposais. Pas bon.
Quelques jours plus tard, la sanction : mon projet n'est pas retenu. On me recommande simplement de trouver un associé et de développer mon activité actuelle en attendant que mon projet soit assez mûr.
Je demande pourquoi. J'ai un entretien téléphonique avec la responsable de Rhénatic, qui m'expose quelques raisons. Encore l'histoire du budget communication. Mais je m'aperçois que même elle n'a rien compris à mon business model.
De deux choses l'une. Soit je suis un très mauvais pédagogue. Et pourtant, ce n'est pas le retour que j'ai d'habitude. Soit ce que je présente est plus difficile à comprendre que je ne l'imaginais. Il faut dire que je ne fais pas dans le classique. Mais essayez d'expliquer en 10 minutes à un Hibernatus des années 1980 (qui ignore l'existence même d'internet) ce que sont les réseaux sociaux. Vous aurez une idée de la difficulté de ma tâche.
Pour finir sur les pouvoirs publics, à la suggestion de mon contact d'Alsace Innovation, j'ai pu rencontrer un responsable "industrie" de la CCI régionale. Je suis venu lui parler de mon projet, mais il s'est focalisé sur mon activité actuelle qu'il trouve formidable, et il pense qu'il faudrait promouvoir cette activité. Merci, mais ça fait 3 ans que je leur en parle, à la CCI, et qu'ils me disent la même chose. Dans 3 ans, peut-être qu'ils trouveront le projet Deucalion formidable.

En quête de conseils

Je laisse donc tomber les services publics. Je fais un peu jouer mon réseau, je fouille dans mon carnet d'adresses qui pourrait m'aider. Y compris des gens que j'ai contacté par Viadeo ou LinkedIn sans vraiment savoir pourquoi, au cas où.
Pour l'instant, c'est manifestement ce qui m'a été le plus utile, en termes de retour d'information. J'ai pu rencontrer quelques personnes vraiment très intéressantes, des types passionnants. Comme quoi, les prises de contact à l'intuition ne sont pas si inutiles que ça. Peut-être même que certains m'accompagneront dans mon projet d'une manière ou d'une autre.
Et surtout, je commence à avoir des idées sur la manière dont il faut que j'aborde les investisseurs.
En particulier, un retour récurrent. Un porteur de projet seul n'a quasiment aucune chance de lever des fonds. Même si son projet est génial, s'il est bien pensé, si toutes les études marketing du monde montrent que ça doit marcher. Ils veulent une équipe. Et une équipe crédible. À la limite, le business plan (et toute la réflexion qui va avec) est secondaire.
C'est marrant, mais personne ne me l'avait dit avant. Ni le fabuleux jury du FITD (enfin si, mais c'est pour développer mon activité actuelle, pas mon projet), ni Alsace Innovation, ni les business angels d'ABA.
Autre point qui semble important : les investisseurs d'aujourd'hui ne mettent plus un centime sur un concept. Ils veulent voir du concret. Un début de preuve. Un site qui marche, ou au moins une maquette. Bref, avant qu'ils investissent, il faut déjà avoir su se passer d'investisseurs pendant un moment, s'être saigné les veines tout seul.
Voilà où j'en suis actuellement. Pour le premier point, trouver un associé, j'ai mis ça en priorité n°1. Mais comme me l'a dit une de ces personnes rencontrées récemment, un associé, c'est avant tout un membre de l'équipe pressentie qui promet d'investir et qui va prendre de son temps pour défendre le projet, pas un gars qui investit effectivement tout de suite. C'est effectivement plus facile, vu comme ça. Si vous êtes intéressé, contactez-moi. Et relayez ma requête. Merci d'avance !
Quant au second point, financer un site, j'ai mon idée...
Toujours est-il que j'ai besoin de vos conseils.
La suite au prochain épisode !