jeudi 10 février 2011

La médiation technique et le transfert de technologie

La réussite, c'est un peu de savoir, un peu de savoir-faire et beaucoup de faire-savoir. (Jean Nohain)
Lorsque la médiation technique consiste à transmettre les connaissances d'un expert à une entreprise, cela semble être une forme de transfert de technologie.
Pourtant, l'expression transfert de technologie recouvre couramment deux concepts distincts et très spécifiques, auxquels la transmission de connaissances ne se réduit pas.

La valorisation de la recherche

La première notion de transfert de technologie, plutôt utilisée dans les milieux académique (laboratoires, centres de recherche, université), publique (agences régionales de l'innovation, pôles de compétitivité) ou dans les département de recherche et développement des entreprises privées, est une forme de valorisation de la recherche.
Dans ce cadre, le transfert de technologie consiste à transmettre les connaissances acquises par des chercheurs académiques dans le cadre de leurs travaux à des entreprises privées, moyennant une contrepartie financière.

Les CRITT
Un CRITT est un Centre Régional d'Innovation et de Transfert de Technologie. Les CRITT ont pour vocation de transférer la technologie développée par des laboratoires d'une région française aux entreprises privées, et de leur mettre à disposition les moyens techniques et les compétences de ces laboratoires. Chaque CRITT a une thématique donnée (matériaux, agro-alimentaire, énergie, textile, acoustique, sport...).

Il est fréquent que le passage du laboratoire à l'usine ne soit pas immédiat. Une phase de développement préalable à l'industrialisation est donc souvent nécessaire. L'entreprise qui acquiert de la technologie académique doit par exemple réaliser des prototypes, des essais à échelle intermédiaire entre celle du laboratoire et l'échelle de production...

L'autorisation d'utiliser une technologie industrielle

Dans le milieu industriel, le transfert de technologie désigne une démarche de propriété intellectuelle allant au-delà de la simple cession d'une licence.
Une entreprise disposant d'un brevet a par définition le droit d'interdire l'utilisation de la technologie brevetée jusqu'à échéance du brevet. La cession de licence consiste à autoriser une autre entreprise à utiliser cette technologie, généralement moyennant une rétribution financière.

Pourquoi céder une licence sur un brevet ?
Le droit d'interdire d'un brevet assure un monopole de la technologie. Pourquoi une entreprise voudrait-elle sortir de cette situation a priori favorable ?
D'après un rapport de l'OCDE de 2009 intitulé Who licences out Patents and Why, il y a plusieurs raisons qui motive la cession de licence :
  • pour augmenter ses gains, en laissant d'autres entreprises exploiter un marché que le propriétaire du brevet serait de toutes manières incapable d'exploiter seul, avec une contrepartie financière (royalties par exemple) ;
  • pour négocier un échange de licence avec une autre entreprise ;
  • pour arrêter l'exploitation illicite du brevet par une entreprise tout en évitant d'aller au tribunal ;
  • pour imposer son propre standard plutôt que celui d'un concurrent, et éviter une guerre des standards comme celle ayant opposé le format Blu-Ray et le format HD-DVD pour les disques optiques à haute définition ;
  • ou encore pour faire produire par une entreprise tierce un produit que le propriétaire du brevet ne souhaite pas produire lui-même.
La plupart de ces raisons correspondent à des situations où la médiation technique peut jouer un rôle.

Mais cette autorisation n'implique pas pour autant de fournir une aide pratique quelconque à l'utilisation de la technologie. Or un brevet contient rarement l'ensemble des informations utiles à la mise en place concrète de cette technologie. C'est d'ailleurs l'art du rédacteur de brevet de mettre le minimum d'informations dans un brevet tout en assurant son pouvoir d'interdiction.
Le transfert de technologie, dans ce cadre, consiste à transmettre en plus les connaissances (savoir et savoir-faire) qui permettent à l'acquéreur de la licence de mettre en pratique la technologie brevetée.

Médiation technique et transfert de technologie académique

Le transfert de technologie académique est généralement une démarche du laboratoire qui cherche à valoriser sa recherche. Il s'agit d'une approche dite de technology push.
La médiation technique a l'approche opposée dite de market pull, car c'est le demandeur de technologie qui est à l'initiative de la démarche.
Il s'agit donc de deux approches parfaitement complémentaires, et les acteurs de la valorisation de la recherche ne sont pas concurrents de ceux de la médiation technique, mais plutôt partenaires.

Médiation technique et transfert de technologie industrielle

La médiation technique s'intègre parfaitement dans ce schéma de transfert de technologie, dès lors que l'acquéreur a besoin d'être accompagné pour la transmission des connaissances.
En effet, si l'acquéreur appartient à un secteur d'activité sensiblement différent de celui du propriétaire du brevet, il se peut que la transmission des connaissances soit difficile :
  • le langage des experts de chaque entreprise est différent, ainsi que leur façons de concevoir la technologie, leurs modes de raisonnement ;
  • les experts de l'entreprise propriétaire du brevet peuvent omettre en toute bonne foi de transmettre une partie de leur savoir, soit parce qu'il est difficile à formuler, soit qu'il parait tellement évident qu'ils ne pensent même pas à en parler ;
  • enfin, il n'est guère évident quand on n'est pas aguerri aux techniques d'ingénierie des connaissances de livrer un corpus de connaissances bien structuré et clairement exprimé.
La médiation technique peut ainsi jouer un rôle important dans l'accompagnement d'un transfert de technologie industrielle, mais elle ne se limite pas à des technologies brevetées. En effet, la transposition d'une technologie éprouvée dans un secteur nouveau constitue une innovation qui ne relève pas de la propriété industrielle.