mardi 1 mars 2011

Gutenberg, le pressoir à vin et l'orfèvrerie

Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dit Gutenberg, est souvent considéré comme l'inventeur de l'imprimerie, vers 1440.
Pourtant, il n'est pas le premier à avoir imprimé des motifs sur un support plan : la xylographie existe au moins depuis le VIIe siècle en Chine, et le plus vieux livre imprimé au monde est le Sutra du Diamant datant de 868.
Il n'est pas non plus le premier à avoir utilisé des caractères mobiles : Bi Sheng, un Chinois, utilisait déjà des caractères mobiles en terre cuite en 1040, et le plus vieil ouvrage imprimé avec des caractères mobiles métalliques est un livre coréen, le Jikji Simkyong, datant de 1377.
Alors, pourquoi Gutenberg est-il si important dans l'histoire de l'imprimerie ?

Un innovateur plutôt qu'un inventeur

Ainsi donc, le principe de l'imprimerie à caractères mobiles existait bien avant que Gutenberg ne s'y intéresse. Il existe en revanche un avant et un après Gutenberg, car son travail marque le début d'une croissance prodigieuse de la production des ouvrages imprimés.
En effet, Gutenberg a considérablement amélioré les techniques existantes pour réduire le besoin en main d’œuvre et le temps de production. Ainsi, en 3 ans il pouvait imprimer 180 exemplaires de la Bible à l'aide de son procédé, alors qu'un moine copiste n'en recopiait qu'un seul exemplaire.
Il a donc essentiellement apporté des innovations particulièrement efficaces. Il s'agit en particulier de l'invention de la presse à imprimer, d'une nouvelle méthode de fabrication de caractères mobiles métalliques, ainsi que la mise au point d'un alliage métallique convenable et de l'encre.

Un précurseur de la médiation technique

Pour aboutir à de telles innovations, Gutenberg s'est souvent inspiré de technologies existant dans d'autres secteurs d'activité.
Ainsi, l'invention de la presse à imprimer est inspirée des pressoirs à raisin utilisée par les vignerons. Certes il n'existe pas de preuve directe que Gutenberg ait eu l'idée de la presse à imprimer en observant des pressoirs, mais la similitude technique des procédés est frappante comme on peut le voir sur les deux illustrations ci-dessus. Gutenberg a donc transféré des connaissances et des techniques de "l'industrie" viticole à "l'industrie" du livre.
De même, la technique qu'il a développée pour fabriquer des caractères mobiles métalliques est inspiré de techniques de fabrication de pièces de monnaie et de bijoux. Gutenberg a en effet exercé le métier d'orfèvre quelques années avant cette invention, et il a utilisé le savoir-faire de sa profession pour réaliser des caractères mobiles. C'est encore une utilisation de connaissances préexistant en dehors du secteur de l'imprimerie qui est à la base d'une innovation importante.
Gutenberg, comme plus tard Thomas Edison, innove de manière fertile en utilisant des technologies existant dans d'autres secteur d'activité, ce que l'on appellerait aujourd'hui du courtage de technologies. C'est par conséquent un précurseur de la médiation technique.