mardi 8 mars 2011

Pasteur : un chimiste chez les médecins

Louis Pasteur est parfois considéré comme l'inventeur du vaccin. Pourtant, une technique similaire à la vaccination, la variolisation (qui consiste à injecter la variole humaine "affaiblie" dans le sang du malade pour lui permettre de résister à la variole), existait en Chine au moins depuis le XVIe siècle, et cette technique est parait-il citée par Voltaire dès 1734. Quant à la vaccination proprement dite (injection de la variole bovine au malade), elle est pratiquée entre autres par le médecin anglais Edward Jenner dès 1796. En revanche, Pasteur est bien l'inventeur du vaccin contre la rage en 1885.
Alors, pourquoi le principe du vaccin est-il associé à Pasteur dans la mémoire collective, plutôt qu'à Jenner ou aux prédécesseurs Chinois ?

De la chimie à la médecine

Pasteur est au départ un chimiste. Le premier résultat célèbre de Pasteur est la séparation des formes chirales de l'acide tartrique. On sait aujourd'hui que certaines molécules chimiques sont chirales, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas superposables à leur image dans un miroir, comme la main droite et la main gauche. Il était alors connu qu'il existait deux types d'acide tartrique, qui se différenciaient que par des propriétés optiques. Pasteur fit cristalliser des solutions de ces deux types. Il montra que la plus courante de ces types, provenant généralement de la vinification, cristallisait sous la forme d'un cristal asymétrique, alors que l'autre type cristallisait à moitié sous la même forme asymétrique et à moitié sous la forme miroir. Il put alors séparer les cristaux de chaque forme et les solubiliser à part pour obtenir d'une part un acide tartrique identique au type ordinaire et un acide tartrique totalement nouveau, image chirale de l'acide tartrique ordinaire.
Pasteur s'intéresse ensuite à la fermentation, et découvre que la fermentation n'est pas un produit de décomposition de matière organique, mais la production de bactéries en l'absence d'oxygène.
Il va alors s'intéresser de plus en plus à la microbiologie. Il va notamment combattre l'idée de la génération spontanée (l'apparition d'un être vivant sans qu'il n'ait un ascendant) et démontrer son inexistence. La pasteurisation, qui porte son nom, est une variation d'une technique antérieure, l'appertisation (inventée en 1831 par Nicolas Appert).
De la fermentation, il passe à l'étude des maladies contagieuses animales et végétales, dont on soupçonne à l'époque la parenté avec la fermentation. Il observe dans le vin altéré par une maladie comme dans le sang d'animaux malades figurent généralement des microbes visibles au microscope, observation qui fait suite à la découverte de Casimir Davaine de présence de microbes dans le sang de moutons atteints du charbon. Il en viendra à comprendre que ces microbes sont la cause des maladies contagieuses et non une simple conséquence, ce que Davaine n'avait pas osé conclure.
Il s'attaquera aux maladies contagieuses humaines à partir de 1877. Le vaccin contre la rage en 1885 est son plus célèbre succès.

L'apport de connaissances d'une discipline à une autre

On s'aperçoit en lisant cette biographie sommaire que Pasteur n'a souvent fait que poursuivre le développement de travaux préexistants : Davaine pour les maladies contagieuses, Appert pour la pasteurisation, ou encore Jenner pour la vaccination. Pasteur est donc plutôt un innovateur qu'un inventeur.
L'apport majeur de Pasteur est dans sa capacité à rassembler les découvertes de ses différents prédécesseurs pour en faire la synthèse théorique. Il a été en cela aidé par la transversalité de son parcours. C'est la chimie qui lui permet de comprendre la fermentation. C'est la connaissance de la fermentation qui l'amène à observer les micro-organismes. C'est l'étude des bactéries qui le conduit à comprendre la cause des maladies contagieuses. C'est la compréhension des maladies qui lui permet de comprendre et d'améliorer l'appertisation, et qui le mène à l'invention de plusieurs vaccins, dont le vaccin contre la rage.
Pasteur n'est pas l'inventeur du vaccin, mais il en est celui qui en a compris l'essence grâce à ce parcours transversal, à ses connaissances issues de domaines initialement non médicaux : la chimie, l'agronomie, la science vétérinaire.