mercredi 20 février 2013

Jules Verne et l'ingénieur omniscient de l'Île Mystérieuse

Vous avez peut-être lu dans votre enfance les romans de Jules Verne. Célébré pour son anticipation des évolutions technologiques, il est un modèle de visionnaire.
J'aimerais attirer votre attention sur l'un de ses romans en particulier, l'Île Mystérieuse, qui apporte un éclairage original au sujet de prédilection de ce blog.

L'ingénieur omniscient

L'un des héros du roman, et certainement le leader des rescapés d'un naufrage de montgolfière, est un ingénieur : Cyrus Smith.
On est à la fin du XIXe siècle, et cette époque bénie de révolution industrielle permet encore aux ingénieurs de l'époque de connaître toutes les techniques de l'époque. Plus pour longtemps, certes.
Ainsi, dépourvu de tout objet technologique ou presque en échouant sur l'île, il permet à ses amis infortunés de progressivement disposer d'un véritable arsenal industriel : des explosifs au verre, en passant par le four de poterie, le télégraphe, le moulin, ou encore l'ascenseur et le bateau à voiles. Cela ne suffira pas à s'échapper de l'île, mais permettra une survie relativement confortable jusqu'à l'éruption du volcan central de l'île. Je ne révélerai pas comment ils s'en tirent finalement, et je vous invite à lire cet ouvrage remarquable (qui, en plus, est gratuit sur Kindle d'Amazon).

De vieilles techniques qui se révèlent utiles

Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que Cyrus Smith réutilise des technologies désuètes à son époque dans son pays d'origine, les États-Unis.
En effet, manquant des ressources de la civilisation occidentale, il est contraint de choisir des technologies moins avancées mais plus accessibles pour mener à bien ses projets industriels.
Par exemple, pour obtenir du fer à partir de minerai de fer, il décide d'utiliser la méthode catalane (à relativement basse température), qu'il simplifie quelque peu, plutôt que celle des hauts fourneaux.
De même, pour obtenir de l'acide sulfurique, il utilise une technique originaire de Bohême, moins exigeante en matériel que la technique moderne de l'époque.

Jules Verne, précurseur de la médiation technique ?

C'est, je crois, une grande leçon de ce roman : les techniques anciennes recèlent des avantages par rapport à leurs alternatives contemporaines, parmi lesquelles on peut trouver :
  • une complexité moindre,
  • l'usage de ressources plus communes,
  • et potentiellement, des vertus plus écologiques.
Le médiateur technique doit s'inspirer de cette réalité, et regarder aussi bien les techniques modernes que les techniques oubliées lorsqu'il aborde une mission. Qui sait si la technique primitive d'un secteur d'activité donné ne deviendra pas la technique moderne de référence d'un autre secteur ?