lundi 18 mars 2013

La médiation technique est-elle superficielle ?

La lecture d'un magazine scientifique comme La Recherche est souvent l'occasion de remettre en cause ses certitudes. J'ai ainsi réalisé récemment, en lisant l'un des articles de l'édition de mars 2013, que la médiation technique était peut-être essentiellement superficielle.

Analogie et superficialité

Si vous me trouvez sévère avec la discipline que je défends, si vous pensez que je rejette ma démarche, voire que j'avoue ouvertement être un fumiste, vous vous trompez lourdement. Bien au contraire, cet article m'a réconcilié avec la superficialité. Et je vous invite également à la reconsidérer.
L'article en question est en fait un extrait d'un livre récemment publié : L'analogie : Coeur de la pensée, de Douglas Hofstadter et Emmanuel Sander. Ce livre défend la thèse que notre mode de raisonnement primordial : l'analogie.
Les scientifiques, et en particulier les physiciens, aiment l'analogie, car une bonne analogie rapproche un domaine nouveau et un savoir acquis. Ce que l'on apprends sur les ondes acoustiques ou électromagnétiques est souvent illustré par les vagues à la surface d'un lac. L'analogie est efficace car intuitive.
Or qu'est-ce que c'est qu'une analogie, dans le fond ? C'est d'abord l'identification d'une ressemblance, d'une similarité, entre deux phénomènes a priori différents.
Ce qui les rapproche, ces deux phénomènes, ce n'est pas leur nature profonde : c'est bien leur aspect. C'est-à-dire ce qu'on voit de l'extérieur, spontanément, sans analyse approfondie. Ce qui saute aux yeux. En un mot : ce qui est superficiel.
Les auteurs remarquent que si nous sommes facilement portés vers la superficialité, c'est que, très souvent, les apparences ne sont pas si trompeuses. L'habit ne fait pas le moine, mais la plupart des gens habillés en moine en sont, n'est-ce pas ? Lorsque vous voyez quelque chose qui ressemble à un ballon, vous ne vous attendez pas à vous faire mal en shootant dedans. Bien sûr, le "ballon" pourrait être en pierre. Mais c'est suffisamment exceptionnel pour qu'on fasse confiance aux apparences.
Et c'est précisément cela qui fait la force de l'analogie : le superficiel est plutôt un bon indicateur de la réalité profonde des choses. Les auteurs affirment même que le superficiel ne s'oppose pas au profond, mais qu'il en est la porte d'entrée.

Médiation technique et analogie

J'ai déjà parlé dans un précédent article de l'analogie comme outil de la médiation technique. En fait, l'activité du médiateur technique est bien plus superficielle que cela :
  • il ne cherche pas à être le spécialiste du problème de son client : il cherche simplement à le comprendre suffisamment ;
  • il ne cherche pas à résoudre lui-même le problème : il cherche avant tout quelqu'un qui saura le faire ;
  • et il s'appuie sur des apparentes similitudes entre activités différentes pour guider sa recherche, pour investiguer des domaines techniques inconnus du clients. 
C'est précisément dans sa superficialité que réside la force de la médiation technique. Inutile de rentrer dans les détails : laissons faire les spécialistes. Mais pour les trouver, appuyons-nous sur les analogies, sur les ressemblances, sur les apparences. Car elles sont moins souvent trompeuses qu'on ne le croît.