mardi 26 mars 2013

Un réseau social pour la médiation technique ?

Mes fréquents échanges avec des ingénieurs de tous secteurs m'a fait constater que la médiation technique les séduit souvent, mais qu'ils n'ont pas les moyens de la mettre en œuvre. Ni par eux-mêmes (pas assez de temps), ni par des prestataires (pas de budget).
Pourtant, les projets sont bien là. Bien au chaud dans les cartons. Et malheureusement, probablement pour longtemps.

L'engagement, frein à la décision

J'observe cependant que ce qui freine souvent la décision d'acheter une prestation de médiation technique n'est pas le prix, ni la qualité de la prestation. C'est l'engagement implicite qu'implique la prestation.
Je m'explique.
Imaginez un ingénieur dans son bureau d'étude. Son patron lui demande régulièrement, en plus de ses études, de proposer de nouvelles idées pour développer la gamme de l'entreprise.
Des idées ? Pas de problème, il en a des tas. L'ingénieur français est créatif.
Quelques-unes sont faciles à concrétiser, car il sait qu'il maîtrise leur réalisation.
Mais elles ne sont guère ambitieuses. Son patron s'en satisfait, mais il sait qu'il pourrait lui proposer bien mieux. Sauf que les idées les plus ambitieuses font intervenir des technologies qu'il ne maîtrise pas. Voire des technologies dont il ignore l'existence. L'industrie est trop variée pour tout connaître.
Cependant, l'une de ses idées lui paraît suffisamment bonne pour ne pas l'abandonner. Elle le hante déjà depuis plusieurs années. L'investissement nécessaire serait grossièrement de 300 000 €, mais le délai de retour sur investissement pourrait être de moins d'un an. Il ne lui reste qu'à faire sauter un verrou technologique qui sort de sa compétence.
Alors, comme il a récemment entendu parler de la médiation technique, il se dit que ce serait bien d'en faire. Il consulte un spécialiste, qui lui propose une mission à un prix raisonnable. 2 000 €. En plus, il tarifie cette mission au succès : rien n'est dû si le médiateur technique ne trouve pas la bonne solution au bon prix, c'est-à-dire, disons, moins de 40 000 € pour faire sauter ce fameux verrou technologique. Il peut même s'engager à trouver une entreprise qui accepte le risque de ne pas être payée si la solution ne fonctionne pas correctement pour les besoins de son projet.
L'alternative est plutôt favorable :
  • soit le médiateur technique ne trouve rien, et cela ne lui coûte rien,
  • soit le médiateur technique trouve une solution, et il apporte une pépite à son patron (un gain de 300 000 € par an), pour un prix inférieur à 1% du coût du projet, et qui devrait donc être effacé en quelques jours de ventes.
Et malgré tout, il va abandonner l'idée. Cela semble absurde. C'est néanmoins une situation que je rencontre régulièrement.
Je crois que le principal frein est le risque du projet : au pire, l'entreprise peut perdre 300 000 €. J'en ai déjà parlé sur ce blog.
Mais au-delà de cela, il y a un autre mécanisme psychologique en jeu. J'ignore son nom dans la littérature, mais j'appelle cela l'engagement.
En gros, voici le déroulement cognitif que je perçois :
  • l'ingénieur se dit que s'il présente le devis de la mission à son patron, c'est qu'il s'engage moralement à ce que la mission de médiation technique réussisse ;
  • si la mission réussit, l'ingénieur se sentira obligé de pousser son patron à tester la solution technologique identifiée, car cela reviendrait à se déjuger ;
  • et si la solution technologique est achetée, il sera obligé de pousser son patron à débloquer tout le budget du projet pour arriver au bout.
Donc, pour lui, le risque n'est pas de perdre 2 000 € (prix de la mission), ni même de perdre 40 000 € (prix de la technologie si les essais sont positifs), mais bien de perdre 300 000 €. Il se sent engagé par l'enjeu du projet, et non pas par l'enjeu de la mission.

La médiation technique pour tous ?

Ce serait différent si la mission coûtait, disons, 50 €. Pourquoi ? Tout simplement, parce que 2 000 €, c'est une dépense importante dans sa vie quotidienne. À part les flambeurs et les millionnaires, peu de gens misent 2 000 € sur un pari. Alors que chacun a déjà dépensé quelques dizaines d'euros sur un coup de tête pour un truc qui ne fonctionne pas.
Imaginez maintenant que le médiateur technique demande une telle somme. L'ingénieur pourrait plus facilement s'engager. Il pourrait même le faire sur ses propres deniers : aucun compte à rendre si cela échoue, et une simple note de frais si cela fonctionne.
Je suis le premier à dire qu'un travail authentique de médiation technique vaut bien plus que 50 €, en raison du temps que prend la prise de contact. Alors, comment arriver à proposer un coût aussi bas ? En le partageant.
Je pense en effet que beaucoup de sujets techniques, au moins à un niveau pas trop précis, sont pertinents pour de nombreux ingénieurs.
Ainsi, choisir le bon outil de simulation numérique, la bonne technologie de séchage, la bonne solution de manipulation de poudre, la technique d'imagerie la plus adaptée à un problème, tous ces sujets peuvent intéresser plein de monde.
On peut donc imaginer les choses suivantes :
  • Le crowdfunding : imaginez un endroit où l'on peut proposer des sujets d'études, et miser une somme sur ces divers sujets. Lorsque suffisamment de personnes ont misé sur un sujet ("le séchage des matériaux poreux"), une étude est lancée. Tant que le plafond n'est pas atteint, chacun récupère sa mise et peut choisir un autre projet.
  • Le salon géant : imaginez un endroit où chacun peut solliciter toutes les sortes d'entreprises de tous les secteurs d'activités par rapport à un besoin spécifique. On peut alors se passer de médiateur technique.
  • Le livre qui sait tout : imaginez que l'étude souhaitée soit disponible en librairie, et qu'il n'y ait plus qu'à l'acheter.
Ce genre de solution n'existe pas dans le monde réel, car cela prendrait trop de temps et de moyens. Mais rien n'empêche de concevoir une solution virtuelle, une sorte de réseau social d'un nouveau genre.
J'ai un tel projet. Il s'appelle Deucalion (c'est le fils de Prométhée...). Il est encore à l'état de réflexion, mais il s'affine de jour en jour. Si vous avez des idées, des suggestions, merci de laisser un commentaire.
Si vous voulez vous lancer dans cette aventure avec moi, comme investisseur, apporteur de solutions, associé ou que sais-je encore, je vous invite à me contacter.