lundi 22 juillet 2013

Et si on simplifiait la rédaction de business plans ?

Je rebondis sur mon article précédent, consacré au business plan de mon projet. L'une des grandes lourdeurs de la rédaction d'un business plan, c'est l'aspect financier. Ou plutôt, l'outil incontournable pour travailler sur cet aspect : le tableur.

De la feuille de calcul et de ses lacunes

Vous trouverez facilement sur internet des tas de sites vous proposant des modèles de business plan. Beaucoup sont gratuits, certains payants. Mais à ma connaissance, ils s'appuient sur les mêmes outils. Le traitement de texte (Word, en général) et le tableur (Excel, presque toujours).
Le texte du business plan, évidemment, c'est une prose presque libre qui suit un plan générique, c'est-à-dire une liste de sujets à aborder. Donc l'outil, c'est le plan. Le plan, c'est bien, mais c'est un guide bien maigre.
La partie financière, celle qu'on n'aime pas vraiment mais par laquelle il faut passer, se traite par quelques feuilles de calcul. Les meilleurs outils à ce jour sont des feuilles de calculs pré-remplies, avec des cases libres (chiffre d'affaires, salaires...), des explications sur la manière de bien remplir ces cases, quelques formules, et des macros pour réaliser la construction des prévisions financières. C'est plus élaboré que le simple plan.
Certaines feuilles de calculs sont spécifiques à des types d'activité. Car il est certain que la vente de glaces et l'industrie papetière ont des différences qualitatives telles qu'une feuille de calcul générique devient vite ou trop simpliste, ou trop complexe. Élaguons intelligemment, telle est la devise.
Bref, nous voilà avec deux outils assez rustiques et dans l'ensemble peu conviviaux pour créer un business plan. Ça ne vous donne pas vraiment envie de vous jeter à corps perdu dedans.
Et quelle pénibilité lorsqu'il faut reprendre certains éléments ! Vous avez une nouvelle information, qui nécessite de corriger une hypothèse de calcul ? Vous faites une copie de votre feuille Excel, vous modifiez à la main les cases qui le nécessitent. Parfois, les modifications sont faciles, mais souvent, elles sont substantielles. Vous avez commencé avec une variable unique "salaire", et vous vous apercevez que vous pensez intégrer des métiers avec des salaires très différents. Il faut rajouter des lignes, modifier des formules...un travail de fourmi.
Méfiance ! Il est possible que l'une ou l'autre case qui n'ait pas été modifiée correctement. Et vous risquez au mieux d'avoir une erreur manifeste, qui vous incitera à  passer en revue l'intégralité de la feuille pour voir où l'erreur se trouve. Au pire, vous ne verrez pas l'erreur tout de suite, et vous risquez de bâtir une entreprise avec un business plan erroné.
Et si vous avez envie de voir ce qui se passe dans tel ou tel scénario, vous avez le droit de refaire le boulot pour chaque nouvelle alternative.
On comprend vite que les business plans ne soient généralement guère élaborés en termes financiers, et que la complexité soit mise dans le texte.

Et si on faisait de la simulation numérique ?

Personnellement, je trouve cette méthode archaïque. Je l'ai pratiqué tout de même, faute de mieux. Mais j'ai ressenti un véritable besoin d'un outil plus performant. Un outil qui ressemble à ce que j'ai rencontré dans ma vie professionnelle antérieure. Ma vie d'ingénieur. De modélisateur, pour être précis.
C'est quoi, un modélisateur ? me demanderons certain. C'est un ingénieur théoricien. En gros, c'est quelqu'un qui traduit un problème technique en des termes mathématiques (des formules et des équations) à partir de ses connaissances scientifiques.
Il n'est guère difficile pour moi d'imaginer comment transposer cette activité à la conception d'une activité professionnelle. J'ai connu les deux métiers. Et je suis médiateur technique, donc spécialiste de la transposition de solutions d'un métier à l'autre.
Voilà ce que j'imagine :
  • L'entrepreneur qui veut créer une nouvelle activité utilisera un logiciel de modélisation d'activité. L'équivalent d'un logiciel professionnel d'ingénierie.
  • Ce logiciel va le guider dans la mise en place d'un modèle de sa nouvelle activité. Il va ainsi lui permettre de créer des acteurs économiques : les clients, les fournisseurs, les salariés, les investisseurs, d'autres entreprises, les impôts...
  • Ces acteurs seront décrits par des caractéristiques économiques : prix des fournitures, salaires, niveau des taxes, capacité de production, fréquence d'achat... Elles pourront être constantes, variables dans le temps, ou même aléatoires.
  • Une bibliothèque de paramètres "standard" permettra, sans trop de recherche de la part du créateur, de trouver un tas de chiffres à mettre dans le modèle. Par exemple : le salaire typique de différentes catégories de métiers, les paramètres de fluctuation de prix typiques de certains produits (minimum, maximum, vitesse de changement des prix...), ou encore les taux de TVA dans différents pays.
  • Chaque élément ajouté au modèle impose au créateur un paragraphe particulier dans le business plan, comme une hypothèse. En particulier, toute caractéristique non standard devra être justifiée. Ainsi, le fait de salarier un employé à un demi-SMIC devra être justifié par le fait qu'il ne travaille qu'à temps partiel. 
  • Le prix du bien ou du service vendu pourra être calculé de sorte d'assurer une rentabilité minimale dans le scénario pessimiste, plutôt que de tâtonner en essayant plusieurs valeurs.
  • Le logiciel guidera le créateur dans sa démarche. Typiquement, il lui indiquera qu'il doit prévoir un aspect juridique : les frais d'établissement de la société (sauf s'il peut justifier qu'il n'y en ait pas, par exemple parce que c'est une activité nouvelle d'une société existante), les frais de dépôt de brevet si nécessaire (avec des chiffres issus de la bibliothèque standard).
  • Enfin, le créateur aura la possibilité de tester l'impact d'une modification de tel ou tel paramètre par un simple bouton. Il identifiera ainsi facilement les points capitaux, à justifier le plus finement possible, des éléments peu importants qui n'ont qu'un impact marginal sur l'activité.
Ainsi, le logiciel permettra à l'entrepreneur de mettre en place une description de son activité, cette description s'affinant progressivement au fur et à mesure que sa réflexion s'étoffe et que ses informations se font plus précises et complètes. Le business plan pourra quasiment être écrit automatiquement à partir de ce modèle.

S'appuyer sur l'existant

Ce type de modélisation, dite "modélisation par agents" existe déjà dans un tas de situations où la meilleure représentation de ce qui se passe consiste à mettre en scène des avatars simplifiés d'individus réels (que ce soient des êtres humains, des animaux, ou même des molécules). Mais je n'ai pas connaissance de leur application à la création d'un business plan. Si vous avez identifié une telle solution, tenez-moi au courant.
En tout état de cause, il n'est certainement pas nécessaire de partir de zéro pour concevoir une telle application. L'architecture d'un logiciel de modélisation par agent peut parfaitement être reprise dans ses grandes lignes. Par contre, il faut prévoir un effort sur la convivialité du logiciel. Ce ne sont pas des scientifiques qui vont l'utiliser !