mardi 11 mars 2014

Convergence

Vous avez certainement entendu parler de la convergence numérique. Ces dernières années, plusieurs industries initialement distinctes ont vu leurs frontières littéralement disparaître : l'informatique, les télécommunications, la radio, la télévision. L'arrivée d'internet a révolutionné ces métiers. Le réalisateur de films d'aujourd'hui ne peut plus ignorer le web, et doit s'intéresser à YouTube. Le journaliste radio diffuse ses émissions à l'autre bout du monde grâce au podcast qui peut être écouté sur un mobile. Réciproquement, les fabricants de sites web s'intéressent à la vidéo et aux téléphones, et Facebook, Google+ et Twitter font la part belle à l'audiovisuel.
En fait, le concept de convergence peut être étendu bien au-delà des TIC (technologies de l'information et de la communication). Et un de mes amis, très concerné par le sujet, m'a fait l'observation que la médiation technique s'inscrivait parfaitement dans ce mouvement. Ce qui m'a paru très vrai : je fais de la convergence depuis des années sans le savoir. Monsieur Jourdain a encore frappé.
Il m'est donc apparu naturel d'en faire un article.

Rapprocher des gens

Alors, de quoi s'agit-il ? Il s'agit essentiellement d'une tendance générale de l'évolution du monde. Les gens se rapprochent. Pas forcément physiquement, mais ils échangent de plus en plus. C'est une tendance générale, qui n'est d'ailleurs pas récente. Des civilisations entières s'ignoraient dans un passé finalement assez proche. Un exemple ? La Corée du Sud, dans les années 1950, c'était tout au plus une guerre éloignée pour le Français moyen. Mais aujourd'hui, tous les gamins connaissent la chanson Gangnam Style et une grande partie des Français ont un Samsung Galaxy dans leur poche. Et la réciproque est certainement vraie : nos produits de luxe font rêver les Coréens. La mondialisation est une forme de convergence.
La convergence numérique est une autre forme de convergence, non entre des personnes éloignées parfois par des milliers de kilomètres, mais par des cultures industrielles très différentes.
Demandez à un ingénieur des PTT des années 1970 s'il pensait avoir besoin de discuter avec des spécialistes des ordinateurs ou de la vidéo. Pas sûr que vous auriez eu une réponse positive. Aujourd'hui, ces petits mondes ne forment qu'un seul continuum. La convergence est particulièrement forte dans ces industries, si l'on peut encore utiliser le pluriel.
Ce qui est paradoxal, c'est que la nouvelle révolution industrielle que nous vivons est celle de la convergence, alors que la révolution industrielle du XIXe siècle fut celle de la divergence. Il était relativement facile au XVIIIe siècle pour un scientifique ou un ingénieur de connaître l'ensemble des techniques existantes. Avec l'apparition de la machine à vapeur, puis celle de l'électricité, les technologies se sont démultipliées à un tel niveau qu'il est devenu impossible de tout savoir sur les technologies. L'ingénieur généraliste a fait place à l'ingénieur spécialiste. Les spécialités se sont progressivement éloignées, car il n'est même plus possible d'avoir dans son réseau proche des experts de tout. Sauf exception, un ingénieur agro-alimentaire ne connaît pas à la fois un spécialiste de l'optique, un géologue, un expert des moteurs thermiques et un biologiste cellulaire. Des barrières de facto se sont dressées entre les disciplines. Les industries ont divergé. Les secteurs industriels, les filières technologiques fonctionnent depuis des dizaines d'années en silo presque étanche. Les branches industrielles ont mûri, elles sont mâtures, et elles peinent parfois à se renouveler. Citez-moi une seule vraie révolution dans l'automobile avant le GPS. Je rappelle que la voiture électrique a été inventée avant 1900, et le moteur hybride vers 1910.
Et soudain, depuis finalement le début d'internet, on commence à aller dans l'autre sens. Non pas à refaire machine arrière, car sans la divergence il n'y aurait pas tous ces savoirs à rapprocher.

Médiation technique et convergence

Ainsi, la convergence numérique d'aujourd'hui est un mouvement qui revitalise des industries entières. En apportant son lot de destruction créatrice à la Schumpeter, certes. Mais le mouvement est en marche.
Les TIC sont clairement un moteur puissant, qui entraîne avec elles les industries qui s'y frottent. Car la convergence ne se résume pas aux TIC.
Certes, les rapprochements les plus fréquents se font entre une industrie hors TIC (l'automobile, la santé...) et les TIC. La minute geek de BFM TV et autres pages "technologies" des journaux télévisés, radiophoniques ou écrits dévoilent quotidiennement des innovations technologiques basées sur le mariage d'un TIC et d'une autre industrie. Dans le domaine du sport, la mode est au Quantified Self, et vous pouvez par exemple tweeter la durée et la distance parcourue de votre dernier footing.
Mais rien n'interdit les mariages entre industries hors TIC. La convergence est l'un des moteurs de l'innovation. Certains plastiques dans les voitures sont déjà remplacés par des bio-plastiques issues de l'agriculture. Le lecteur habituel de mes articles sait à quel point les exemples sont nombreux, bien que bien moins fréquents que les innovations TIC. La convergence est en marche, et la médiation technique en est l'un des outils.