lundi 27 avril 2015

Qu'est-ce qu'un entrepreneur ?

J'ai participé récemment à un événement visant à encourager l'entrepreneuriat, le Startup Weekend Mulhouse, en tant que membre du jury chargé de sélectionner les meilleurs projets. Expérience très sympa, au passage.
Mais j'ai pu constater que les avis divergent fortement quand il s'agit d'évaluer les projets. Aussi bien sur les perspectives de succès (ce qui est normal, personne n'est devin) que celui de l'intérêt de la démarche entrepreneuriale. Et là, je suis un peu plus embarrassé.

Chef d'entreprise : une notion polysémique

Avant de parler d'entrepreneur, commençons par un terme plus général, à mon sens. Le chef d'entreprise.
Un chef d'entreprise, c'est quelqu'un qui dirige une entreprise. Un auto-entrepreneur, un freelance, un consultant indépendant sont des chefs d'entreprise. Les patrons du CAC40 sont des chefs d'entreprise. Un restaurateur, un dentiste, un artisan sont souvent des chefs d'entreprise. Les réalités sont multiples, le terme est générique.
Le point commun entre tous ces chefs d'entreprise : ils dirigent. Certains dirigent seuls, voire se dirigent simplement eux-même. D'autres sont entourés d'une équipe de direction. Certains ne font que ça (diriger), d'autres mettent la main à la pâte. C'est une notion administrative, mais elle couvre tellement de situations très différentes que je n'aime guère utiliser cette notion.

Différents types de chefs d'entreprise

Je préfère distinguer des profils sensiblement différents, notamment par rapport à leur prise de risque.
Le premier est celui du patron salarié.  C'est un cas le plus courant dans les grandes ou moyennes entreprises, et même dans beaucoup de PME. Héritier du fondateur, employé modèle ambitieux ou recrue de haut-niveau, ils prennent assez peu de risque en acceptant ce poste. L'entreprise qu'il dirigent existe depuis longtemps, et leur rôle est avant tout de la faire vivre.
Leur patrimoine est souvent largement indépendant de celui de l'entreprise qu'ils dirigent, et ils ont fréquemment une approche de gestionnaire. Je respecte évidemment ces chefs d'entreprise, surtout en ces temps difficiles, car il est rarement facile de pérenniser une entreprise établie. Mais j'ai du mal à parler d'entrepreneurs en ce qui les concerne. Y compris pour les fameux "capitaines d'entreprises" tant admirés par les médias et politiques.
Le second profil est celui du patron fondateur d'entreprise "classique", reproduisant un modèle d'entreprise déjà existant. C'est le cas d'une large part des dirigeants de PME, de la plupart des dirigeants de TPE. C'est l'image d'Épinal du chef d'entreprise : il a utilisé ses économies ou s'est endetté pour créer une entreprise à partir de zéro. Il a pris des risques matériels, mais le principe de son entreprise n'a rien de révolutionnaire. Ce sont souvent des entrepreneurs dans l'âme, au sens qu'ils vont être ouvert à la nouveauté, à la prise de risque. La gestion fait partie intégrante de leur métier, mais ils intègrent plus facilement des projets innovants dans leur stratégie. Je mets à part le profil du freelance, i.e. les consultants et autres professions libérales, dont le métier est plus cadré et moins susceptible d'innovation.
Enfin, la dernière catégorie est celle du startuper : l'Entrepreneur avec un grand E, selon moi. Ces dirigeants décident de lancer une entreprise sur une intuition (et sur un travail préparatoire, ce ne sont pas des inconscients), sur une idée qui n'a jamais été explorée commercialement.
Le risque est présent dès le départ pour le startuper : s'il n'y a pas 90% de chances d'échec selon la plupart des gens à qui ils parlent de leur projet, c'est qu'il y a déjà un antécédent crédible à leur projet.  C'est un gage d'innovation. Et tant pis s'ils se plantent effectivement dans 90% des cas. Parce que leur idée vise à changer leur industrie, voire changer le monde.

Les capitaines d'industrie ne sont pas des entrepreneurs

Alors, par pitié, arrêtez de me parler d'entrepreneurs lorsque vous évoquez des patrons salariés. Les capitaines d'entreprise ne sont pas des entrepreneurs. Avec tout le respect que je leur dois, ils n'ont rien à voir avec des visionnaires preneurs de risque.
Je ne dis pas que l'innovation est impossible dans les grands groupes dirigés par ces capitaines d'industrie. Par chance, ils autorisent en général des projets d'innovation (R&D, marketing...) au sein de leur entreprise, qu'ils suivent de loin, comme un portefeuille d'investisseur. Et certains de leurs employés ont une démarche d'entrepreneur, dans la mesure où ils dirigent ou soutiennent un projet dans lequel ils croient au risque de stopper leur carrière s'ils se plantent. Ce sont eux, les intrapreneurs, qui permettent à ces grands groupes d'innover. Et qui se rapprochent le plus de ce qu'est un entrepreneur.