jeudi 29 novembre 2012

Assurer l'innovation ?

Récemment, j'ai posé une candidature à un marché public afin d'aider des PMI d'une filière industrielle en difficulté à innover. Cela a été pour moi l'objet d'une réflexion sur ce qui empêche souvent les entreprises de taille réduite à investir dans l'innovation.

Le problème des PMI

Les grandes entreprises peuvent se permettre de gérer les projets risqués en raisonnant sur un portefeuille : sur 100 projets d'innovations, peut-être que 90 projets vont échouer, mais les 10 projets qui vont connaître le succès vont générer des rentrées d'argent qui vont largement rembourser les investissements dilapidés par les échecs. C'est le principe de la mutualisation du risque.
Mais comment une entreprise plus modeste, PME voire TPE, peut-elle se lancer raisonnablement dans un projet vraiment innovant et donc risqué, sachant quelle n'a pas la capacité de lancer un grand nombre de projets ?
Je ne parle évidemment pas des startups, dont la vocation même est de créer une activité nouvelle et innovante. Elles sont souvent financées par des capitaux privés habitués à la prise de risque (le capital-risque), qui peuvent mutualiser le risque sur un grand nombre de startups, en attendant qu'un nouveau Google émerge et rapporte largement de quoi éponger les pertes des startups qui échouent et qui meurent. Et il y en a énormément. Ce n'est clairement pas la vocation d'une PME classique.

La solution des assureurs

Les assureurs ont pour rôle de garantir une personne ou une entreprise contre un risque : incendie, invalidité...
Pour cela, elle se fait verser une prime proportionnée au risque encouru et à la fréquence attendue.
Exemple : considérons une maison qui vaut 300 000 € à assurer contre l'incendie. Il y a environ 260 000 incendies par an en France (dont des incendies mineurs, mais ne nous embarrassons pas de détails ici), à comparer avec les 25 millions de ménages en France, soit grossièrement 1% de risque d'incendie. On peut donc s'attendre à une prime annuelle de l'ordre de 3 000 €.
Les assureurs pourraient donc proposer à une PME d'assurer un projet innovant contre l'échec.
Ainsi, une entreprise qui veut développer un produit nouveau estimerait l'investissement à réaliser, le personnel à mobiliser sur le projet (voire les embauches à prévoir), la perte éventuelle du chiffre d'affaires à réaliser, bref toutes les sommes d'argent qui pourraient être englouties en cas d'échec.
Il s'adresserait à un assureur, qui lui évaluerait le risque et lui calculerait une prime.
Pour un projet modérément risqué, cela devrait permettre à l'entreprise de s'assurer et d'innover sans risque moyennant un surcoût raisonnable.

Et pour l'innovation radicale ?

Compte tenu que les probabilités d'échecs peuvent être très élevés pour des projets très innovants, cette solution risque de conduire à une prime frôlant l'évaluation des pertes dans le pire des scénarios. Autant dire que l'approche classique devient inutile.
Mais un projet très innovant, en cas de succès, peut rapporter beaucoup d'argent. Aussi, il est sans doute envisageable pour l'assureur de proposer une offre intermédiaire entre l'assurance classique et le capital-risque dont les attentes de rémunération sont extrêmement élevées (prise de risque maximale oblige) : en contrepartie de l'assurance contre l'échec, l'assureur exige une prime étalée sur la durée d'exploitation.
Exemple : prenons un projet nécessitant 100 000 € d'investissement pendant 1 an, totalement engloutis en cas d'échec, mais qui rapporteraient dans l'idéal 30 000 € par an pendant 19 ans en cas de succès. Supposons que le risque d'échec est de 80%.
Avec une formule classique, l'assureur va proposer une prime de 80 000 €, plus sa marge. Pas terrible pour la PME !
Maintenant, supposons que l'assureur propose l'étalement sur 20 ans de la prime (1 an de projet, et 19 ans d'exploitation) :
  • il a 20% de chances de toucher 20 fois la prime annuelle,
  • et 80% de chances de toucher 1 fois la prime annuelle et de devoir rembourser 100 000 €.
Donc en moyenne, il touche (0,2*20+0,8*1)=4,8 fois la prime, et en moyenne il doit verser (0,8*100 000)=80 000 €. Pour équilibrer en moyenne les pertes et les profits, la prime doit être de (80000/4,8)=16 667 €. Avec la marge de l'assureur, disons 20 000 €.
Ainsi, l'entreprise verse 20 000 € de prime la première année, et si elle échoue, c'est sa seule perte. Et si elle réussit, elle gagne (30000-20000)=10 000 € par an pendant 19 ans, soit 190 000 € pour 100 000 € d'investissement : une plus-value de 90 000 €.
Le calcul est évidemment simpliste, mais pour un projet qui a 80% de chances de se planter, c'est déjà pas mal, non ?