jeudi 21 novembre 2013

Léonard de Vinci et la Lean Startup

Parfois, une soirée sans rien à la télé a du bon. Quand je dis "rien", j'entends : pas de film digne de ce nom, de série un tant soit peu passionnante, ou d'émission musicale qui tienne la route. C'est ainsi que je me suis retrouvé très récemment à regarder un reportage sur Arte.
Ne me regardez pas comme ça, ils passent de temps en temps des trucs sympas, sur Arte. Comme la série politique danoise "Borgen". Mais je m'égare. Bref, j'ai suivi un reportage sur Léonard de Vinci. Pas si mal, mais pas terrible non plus. Du coup, mon esprit distrait a fait un rapprochement inattendu.

De l'économie de moyens en création d'entreprise

J'ai évoqué récemment sur ce blog l'ouvrage "Running Lean", qui s'inscrit dans une tradition récente (pardonnez l'oxymore) de la littérature entrepreneuriale américaine, la Lean Startup. D'autres auteurs ont écrit à ce sujet, dont le plus célèbre est peut-être Eric Ries.
C'est quoi, me direz-vous ? Petite explication.
Une startup, c'est-à-dire une entreprise qui démarre avec un produit très innovant, est vouée à l'échec. Oui, à l'échec. Qui voudrait acheter un produit dont on s'est passé en 10 000 ans de civilisation ? Ça paraît insensé, et de facto, la plupart des startups échouent. Seule une poignée survit et finit par imposer son produit. Un produit qui répond à une attente insatisfaite qu'il est difficile d'anticiper.
Qu'est-ce que les survivants ont en commun ? Un visionnaire ? C'est le cas de certaines d'entre elles. Apple a Steve Jobs. Mais ce n'est pas une généralité. Mark Zuckerberg a conçu Facebook en n'imaginant pas que cela serait une startup. Le succès est venu à lui par hasard, et il a surtout surfé sur la vague Facebook. Ou plutôt le tsunami.
De la chance, alors ? Certainement un peu, mais ce n'est pas vraiment une compétence. En tout cas, je ne connais pas de formation à la chance, sinon je veux bien y consacrer mes 120 heures de DIF accumulées dans mon poste salarié précédent.
Mais vous chauffez. La chance, ça peut se provoquer, et la malchance, on peut en limiter les conséquences. C'est l'idée générale de la Lean Startup.
Grosso modo, si vous êtes un entrepreneur "Lean" vous créez un premier produit : le plan A. Vous savez qu'il échouera dans 99% des cas. L'important est que cet échec ne vous coûte pas cher (en temps, en argent, en amitié...) et que vous appreniez un maximum de votre échec pour concevoir un plan B, inspiré du plan A. Mais en tenant compte de ce que vous avez appris. Le plan B va probablement échouer aussi, mais pour d'autres raisons. Vous allez donc concevoir des plans C, D... successifs jusqu'à ce que l'un d'eux, disons le plan K, fonctionne. C'est-à-dire que vous trouvez des clients pour le produit K. Ce produit n'est qu'une version revue et corrigée du produit A, mais là où le produit A serait un échec commercial, le produit K va se vendre au moins correctement.

En allant jusqu'au bout de la logique Lean, l'idéal est d'itérer les plans sans produire effectivement les produits en série. Un prototype, une maquette, voire un dessin suffit. Vous ne passerez à la production que lorsque vous aurez trouvé des clients.

Rien de nouveau en 500 ans ? 

Mais revenons à Léonard de Vinci. Le reportage rappelait qu'il avait conçu de très nombreuses machines très révolutionnaires sur papier : un hélicoptère par exemple.
Pourtant, quasiment aucune n'a été réalisée concrètement. Cela m'a toujours frappé. Pourquoi imaginer des machines utiles si vous ne les fabriquez pas ?
Le pense que Léonard de Vinci était un entrepreneur Lean avant l'heure. Il concevait des machines, et cherchait à convaincre des aristocrates puissants ou des marchands fortunés de lui financer leur réalisation, de les lui acheter. Inutile de fabriquer une machine, même bien conçue, si personne n'en veut : autant passer à autre chose !
Est-ce là l'explication du faible taux de réalisation de ses produits ? Peut-être.
En tout cas, j'y vois une source d'inspiration pour l'industrie d'aujourd'hui, et peut-être que les startups informatiques à succès ont, sans le savoir, hérité des idées "Lean" de Léonard de Vinci. De la médiation technique spontanée, en quelque sorte !